Argentine
comment un pays riche s’appauvrit… voilà ce que l'Argentine montre au monde au début du 21e siècle. Jusque longtemps après la Seconde Guerre mondiale, ce pays était l'un des plus riches au monde. Les Argentins s’en sortaient bien; ils vivaient comme nous, voire mieux. Chacun avait un travail dans cet Etat-providence connaissant l'industrie la plus puissante de toute l'Amérique du Sud, des systèmes de soins de santé, d'enseignement et de transport de qualité. Mais les hommes politiques les ont abandonnés et les militaires, en procédant à un coup d'Etat, n'ont fait qu'aggraver la situation. L'économie s’est trouvée en difficulté. Et c'est ainsi que l'Argentine est tombée sous l’emprise du Fonds monétaire international, mais la "politique de réparation" de ce FMI a plongé complètement le pays dans un gouffre économique. L'industrie argentine, impuissante, a été livrée au marché mondial, pour un résultat catastrophique. Des milliers d'usines ont fermé leurs portes, des centaines de milliers de personnes ont perdu leur emploi et, en 2002, 58 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et les enfants meurent de faim dans un pays produisant de la nourriture pour plus de trois cents millions de personnes, soit huit fois sa propre population. L'importante classe moyenne de la population, dont le style de vie équivaut à celui d'un Européen moyen, disparaît dans une large mesure. Il reste une faible minorité de super riches et surtout une très grande majorité de pauvres. L'évolution de la répartition des revenus est un élément assez évocateur. En 1973-1974, 10 % des Argentins les plus pauvres étaient sept fois plus pauvres que les 10 % des personnes les plus riches. De ce fait, l'Argentine comptait une importante classe moyenne. En 2003, le rapport entre les riches et les pauvres était de 1 pour 43. L’écart entre les revenus est donc devenu énorme.
Rien ne dit qu'il en sera de même pour l'avenir des pays européens. Et il ne doit certainement pas en être de même. Toutefois, il s'agit d'une mise en garde. Un pays dirigé par des hommes politiques médiocres risque de saper sa prospérité.
Et après 2003 ? Il est vrai que ces dernières années, l'Argentine a remonté la pente. Mais c’est très relatif: celui qui a dévalé des plus hauts sommets jusque tout en bas peut effectivement dire, lorsqu’il a franchi les premières collines, qu’il remonte la pente, mais le niveau atteint est bien inférieur au niveau antérieur. Il n’est pas si évident de rétablir un Etat-providence anéanti.







